Yérim Seck : l’imposture de la crédibilité (Par Moustapha Dièmé)

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Les attaques récurrentes de Cheikh Yérim Seck contre Mme Aminata Touré relèvent indéniablement de dérives, voire d’une forme d’imposture. Elles ne grandissent pas le débat ; elles en révèlent plutôt la dégradation.
Car il faut avoir le courage de nommer les choses. Ce qui se donne aujourd’hui à voir n’est pas une critique politique au sens noble du terme, mais une entreprise de disqualification portée par une parole qui peine à se fonder sur une quelconque autorité morale. Or, dans l’espace républicain, la parole n’est jamais neutre : elle engage celui qui la porte, convoque son histoire et s’évalue à l’aune de sa cohérence.
Peut-on sérieusement prétendre incarner une exigence éthique lorsqu’on traîne derrière soi un passé qui a profondément heurté la conscience collective ? Peut-on se dresser en juge lorsqu’on n’a jamais réellement répondu aux attentes de vérité et d’exemplarité qu’impose la vie publique ? À ces questions, le silence est souvent plus éloquent que les discours.
Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement l’outrance des propos, mais leur fonction : détourner l’attention, brouiller les lignes, installer une équivalence fallacieuse entre des trajectoires qui ne se valent pas. C’est une mécanique bien connue : lorsque la légitimité fait défaut, on s’emploie à relativiser celle des autres.
Face à cela, le parcours de Mme Aminata Touré s’impose comme un contrepoint difficile à contourner. Non pas parce qu’il serait exempt de toute critique; nul n’est au-dessus du débat, mais parce qu’il repose sur des engagements tangibles, des responsabilités assumées et un positionnement constant en faveur de l’État de droit. Son passage au ministère de la Justice, notamment, a incarné une volonté claire de rompre avec certaines pratiques d’impunité, quitte à s’exposer à de fortes résistances.
C’est précisément cette densité politique et morale qui dérange. Dans un champ public fragilisé par les approximations et les calculs, les figures qui incarnent encore une certaine idée de la rigueur deviennent des cibles privilégiées. Les attaquer, ce n’est pas seulement contester une personne : c’est tenter d’éroder ce qu’elle représente.
Mais il est une limite que même la rhétorique la plus agressive ne saurait franchir : celle de la mémoire collective. Le peuple sénégalais, dans sa maturité politique, n’est pas condamné à l’amnésie. Il distingue la parole habitée par une exigence de vérité de celle qui n’est que bruit, agitation et stratégie de repositionnement.
Au fond, ce qui se joue dans ces attaques n’est pas un affrontement d’idées, mais une crise de légitimité. Et dans cette crise, certains tentent de combler le vide par la surenchère verbale. Mais une parole déconnectée de toute autorité morale finit toujours par se dissoudre dans ses propres contradictions.
Il faut donc le dire sans détour : on ne reconstruit pas une crédibilité en s’érigeant en procureur de circonstance. On ne gagne pas en respectabilité en ciblant plus intègre que soi. Et surtout, on ne trompe pas durablement un peuple qui a appris, au fil de son histoire, à distinguer les postures des convictions.
Mme Aminata Touré, quoi qu’en disent ses détracteurs, demeure une figure qui compte, précisément parce qu’elle incarne une certaine continuité dans l’engagement public. Face à elle, les attaques ad hominem apparaissent pour ce qu’elles sont : les symptômes d’une parole en quête de légitimité.
Et cette quête, à défaut d’introspection, risque de demeurer vaine.

Moustapha Dieme
Coordonnateur national de MIMI 2024

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