Sénégal : Pourquoi des milliards de la loterie nationale sont confiés à une entreprise étrangère sans appel d’offres ? 

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La Loterie nationale sénégalaise (LONASE), institution publique censée incarner la transparence et la régulation des jeux, se retrouve aujourd’hui au cœur d’interrogations profondes.
Derrière les succès affichés et les milliards générés chaque année, plusieurs zones d’ombre alimentent le doute : absence d’appel d’offres, dépendance à des prestataires étrangers, gestion incertaine des données sensibles et soupçons de conflits d’intérêts, notamment liés à certains prestataires privés comme Honoré Gaming et Sharp Vision.

Honoré Gaming, un prestataire central sans procédure publique connue

Depuis quelques années, un acteur s’est imposé au Sénégal et à travers l’Afrique francophone : Honoré Gaming. Cette société française, peu connue du grand public, fournit désormais l’essentiel de l’infrastructure utilisée par la LONASE. Plateformes de paris, moteurs de cotes, outils de gestion, programmes de fidélité, tout repose sur elle. Or, rien n’indique que ces contrats, parfois conclus pour dix, quinze ou vingt ans, aient été soumis à la procédure normale d’appel d’offres. Dans un secteur où circulent des milliards de francs CFA, cette opacité interroge.
Pourquoi l’expertise locale est-elle écartée d’un secteur stratégique ?
La question prend une autre dimension lorsqu’on observe que le Sénégal dispose d’un écosystème numérique en pleine expansion. Start-up fintech, entreprises de développement logiciel, opérateurs de paiement : les compétences locales existent. Pourquoi n’avoir sollicité aucune expertise sénégalaise pour la gestion de ce secteur stratégique ? Était-ce par manque de confiance dans les capacités nationales, ou par choix délibéré de privilégier un partenaire étranger ? L’absence de transparence empêche d’apporter une réponse claire, mais elle nourrit le soupçon.

Données des joueurs et souveraineté numérique : un angle mort préoccupant

Au-delà des flux financiers, se pose aussi la question de la donnée. Les paris, en ligne comme physiques, produisent chaque jour des masses considérables d’informations : profils des joueurs, montants misés, habitudes de consommation, transactions financières. Ces données sont-elles réellement protégées et maîtrisées par l’État ? Restent-elles stockées au Sénégal, ou passent-elles sous le contrôle de prestataires étrangers ? Dans un contexte où la souveraineté numérique est devenue un enjeu central, la dépendance à des sociétés extérieures fragilise la maîtrise publique de ces informations stratégiques.

Honoré Gaming et Sharp Vision : une séparation des rôles de plus en plus floue

Un autre élément ajoute à la confusion : la proximité entre Honoré Gaming et Sharp Vision, une société spécialisée dans la régulation, le monitoring de l’industrie des jeux et les questions de conformité à l’échelle du continent africain. Sharp Vision propose aux États des plateformes de suivi centralisé, capables de collecter et d’analyser en temps réel les transactions des opérateurs. En apparence, les rôles sont distincts : Honoré fournit les outils d’exploitation des paris, tandis que Sharp Vision détient les clés de la régulation et du contrôle. Mais cette distinction théorique se brouille lorsque ces deux entités, liées par leurs dirigeants et leur écosystème, interviennent simultanément dans un même pays.

Quand fournisseur et régulateur relèvent du même écosystème

Dans les pays où Honoré Gaming et Sharp Vision opèrent en parallèle, la frontière entre fournisseur et régulateur devient floue.. Cette porosité s’explique notamment par les liens existants entre leurs dirigeants. Sharp Vision est dirigée par Cyril Casanova, tandis qu’Honoré Gaming évolue dans le même cercle entrepreneurial, avec l’implication de son frère, Christophe Casanova, dans des activités étroitement liées au secteur des jeux. Dans les faits, cela revient à confier à un même écosystème privé, porté par des acteurs familiaux et professionnels liés, à la fois les outils d’exploitation des paris et les dispositifs censés en assurer la supervision. Une telle concentration des rôles nourrit des craintes légitimes de conflit d’intérêts, au détriment de l’indépendance et de la crédibilité du régulateur public.

Une problématique qui dépasse le cas sénégalais

Au fond, ce débat dépasse largement la seule LONASE. Il interroge plus globalement la gouvernance publique en Afrique et la manière dont les États gèrent leurs partenariats stratégiques. Dans de nombreux pays, les mêmes questions reviennent : comment garantir que les marchés publics, dans des secteurs aussi lucratifs que sensibles, soient attribués dans le respect des règles ? Comment protéger les données sensibles des citoyens face à des prestataires étrangers qui concentrent un pouvoir croissant ? Comment éviter les conflits d’intérêts lorsque les mêmes acteurs privés fournissent à la fois les infrastructures et les outils de régulation ?

Transparence, souveraineté et responsabilité publique en jeu

Il ne s’agit pas d’accuser mais de poser les bonnes questions. Car derrière les contrats et les prestataires se joue un enjeu plus vaste : celui de la transparence, de la souveraineté et de la responsabilité publique. Tant que ces zones d’ombre persisteront, elles nourriront la défiance. Et c’est la confiance, fondement de toute institution publique, qui se retrouve mise en jeu à l’échelle du continent. Les partenariats conclus avec des acteurs comme Honoré Gaming ou Sharp Vision appellent, eux aussi, à une clarification publique.

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