“Mon Petit Jardinier”

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On trahit beaucoup de jeunes dès leur enfance. Leur premier obstacle, c’est souvent leur propre famille, surtout leurs parents. Certains agissent sans s’en rendre compte, d’autres le font volontairement.

Les enfants ne nous appartiennent pas. Nous sommes juste des passeurs, des guides à travers lesquels ils découvrent le monde. Notre seul devoir est de les protéger. Les protéger ! En leur offrant un environnement sain. Les protéger ! En respectant leur personnalité et en évitant de les enfermer dans des règles dépassées.

Un être humain ne se construit pas en un jour. Sa personnalité se façonne sur plusieurs vies. Plutôt que d’imposer nos croyances, il vaut mieux leur expliquer à quoi elles servent, comment elles influencent la société. Leur montrer les défis qu’elles posent, qu’ils choisissent de les suivre ou de les remettre en question. Mieux vaut leur apprendre à comprendre qu’à obéir ou à se révolter.

Beaucoup de parents essaient de revivre à travers leurs enfants. Ils veulent qu’ils réussissent là où eux ont échoué. C’est une erreur. Les parents trop exigeants, les “mamans tigres”, poussent leurs enfants à l’excellence à tout prix, croyant ainsi réparer leurs propres échecs.

On pousse les enfants à toujours être meilleurs, à gagner, à dépasser les autres. Mais on oublie de leur apprendre la compassion. Compétir sans compatir, c’est créer une société froide et brutale.

Il faut toute une communauté pour former des êtres humains équilibrés. Pas une usine qui produit des individus obsédés par la consommation, où l’avidité devient une norme, la modestie une faiblesse, la cruauté une force, et le partage une naïveté.

On m’a récemment parlé des progrès scolaires de mon fils. Lui-même, tout fier, m’a dit :

— J’ai gagné l’olympiade dans toute la région ! Un bus est venu nous chercher, on est allés jusqu’à Conakry et on a mangé de bons plats.

Je l’ai écouté, puis je lui ai demandé :

— Et dans ta pépinière, tu as planté combien d’arbres ? Tu as attrapé combien de libellules ? Combien de papillons ?

Il a baissé la tête et m’a répondu :

— J’avais planté trois anacardiers… mais maman a tout arraché. Elle a dit que ce n’était pas bon.

Je lui ai posé une autre question :

— Tu as un chien ou un oiseau ?

— Non, pas de chien. Grand-père dit que ça éloigne les bons anges. Mais j’ai des poules.

Un frisson m’a parcouru.

Alors, doucement, je lui ai dit :

— Obéis-leur pour l’instant. Bientôt, on sera de nouveau ensemble. On plantera plein d’anacardiers, on prendra une chienne, et on fera un grand feu de camp à la ferme. D’accord ?

J’ai vu son visage s’illuminer.

Ibrahim Bodhewel

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