« Le Temps du Balai : Entre Patience Politique et Soif de Justice » par Amadou Dieng, écrivain sénégalais
Le symbole du balai, brandi haut lors de la dernière campagne présidentielle par Bassirou Diomaye Faye, continue de hanter les esprits et d’habiter les attentes. Plus qu’un simple objet de propagande, il est devenu l’allégorie d’une promesse profonde : celle d’un grand ménage dans les pratiques politiques et institutionnelles du pays. Le peuple, lui, n’a rien oublié. Il attend encore que ce balai passe. Non plus dans les discours. Mais dans les faits.
La déception pourrait poindre si cette attente se prolonge. Car pour beaucoup, il ne s’agit pas simplement d’un changement de régime, mais d’un changement de système. Or, selon plusieurs observateurs, l’ancien système semble toujours actif, tapi dans les recoins de l’État, infiltré dans l’administration, la magistrature, les services de sécurité et les arcanes de la haute fonction publique. Ces forces résiduelles, comparées à des termites, rongeront le socle de la démocratie si elles ne sont pas éradiquées.
À cela s’ajoute un nouveau péril : celui d’une tentative de division au sommet. Certains cercles, nostalgiques de l’ancien ordre, multiplieraient les manœuvres pour opposer le président Diomaye à son Premier ministre, Ousmane Sonko. Leur objectif : désolidariser une alliance perçue comme le noyau dur de la révolution institutionnelle en cours.
Face à cette stratégie d’érosion, le chef de l’État semble privilégier la voie du consensus. Une approche saluée pour sa hauteur morale, mais critiquée pour ses lenteurs. La volonté de reconstruire le tissu social, de soigner les plaies, de réconcilier la nation, suscite à la fois admiration et inquiétude. Car, pendant que l’on prêche la paix, d’autres affûtent déjà leurs armes. Le pardon, dans ce contexte, devient une posture risquée si la justice ne suit pas.
Amadou Dieng, jeune écrivain sénégalais basé à Barcelone, livre une tribune au ton sans concession : « On ne dialogue pas avec ceux qui vivent pour voir échouer vos principes », écrit-il. Et d’ajouter : « La justice, et elle seule, est le fondement de la paix durable. »
Dieng s’inscrit ainsi dans une tradition d’intellectuels engagés qui rappellent que la concorde nationale ne peut être construite sur les ruines de l’impunité. Pour lui, ceux qui ont pillé, réprimé, manipulé doivent répondre de leurs actes. Non par esprit de revanche, mais au nom d’une justice équitable. Il alerte : toute lenteur ou toute faiblesse stratégique serait perçue comme une trahison par une jeunesse qui a déjà trop payé.
« La paix sans justice est un leurre. Et la justice différée est une injustice aggravée », conclut-il, dans un avertissement solennel. Pour cet écrivain, le temps du balai, c’est maintenant. Et s’il doit passer, ce doit être jusqu’au bout — sans haine, mais avec une fermeté inébranlable.
Par Baye thierno ka
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