ÉDITORIAL/PRIMATURE : LE RETOUR DU RÉEL (Par Aly Saleh)
Le démenti catégorique de l’ex-DAGE Macodou Sène face aux accusations d’Ousmane Sonko marque un tournant brutal dans l’affaire des 3 milliards de la Primature. En opposant la rigidité des procédures budgétaires à la rhétorique gouvernementale, l’ancien gestionnaire déplace le débat des tréteaux politiques vers la rigueur de l’administration. Pour l’exécutif, c’est la fin du confort des déclarations de principe et le début de l’épreuve des faits.
La rhétorique face au droit
Gouverner n’est pas faire campagne, et la communication politique se brise invariablement lorsqu’elle ignore les circuits légaux de l’État. En rappelant avec force que la Primature ne dispose d’aucune ligne budgétaire pour des fonds spéciaux, Macodou Sène remet la technique administrative au centre du jeu. L’opinion publique, un temps suspendue aux promesses de rupture, se retrouve projetée dans un imbroglio institutionnel qui exige désormais une clarté absolue. On ne peut pas accuser publiquement sans auditionner préalablement, tout comme on ne peut pas condamner sans documenter formellement. Dans l’architecture de la République, la légitimité politique ne pourra jamais remplacer la preuve comptable.
Le piège de la transparence
Le Premier ministre a fait de la reddition des comptes la clé de voûte de sa gouvernance. C’est un choix noble, mais il impose une discipline de fer. Aujourd’hui, sa stratégie de déballage se heurte au premier grand bouclier de la haute administration sénégalaise. Si l’exécutif ne produit pas immédiatement les pièces justificatives indiscutables de ces mouvements financiers, le doute s’installera durablement. Ce doute ne portera pas sur l’existence ou non de malversations sous l’ancien régime, mais bien sur la méthode, la rigueur et la crédibilité du pouvoir actuel.
L’exigence du dénouement
L’État moderne ne peut pas se nourrir de polémiques hertziennes ni de joutes médiatiques. Pour préserver la sacralité et l’autorité des institutions, la Primature doit rapidement siffler la fin de la récréation. Il est désormais temps de transmettre les dossiers aux corps de contrôle compétents ou de clore un débat qui menace de fragiliser la chaîne de commandement de l’État. La transparence est une arme à double tranchant qui exige une précision chirurgicale ; sans preuve matérielle, elle finit toujours par blesser celui qui la manie.
Aly Saleh
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